Mme Mélanie Bouchard nous raconte une vie remplie...
Nom : Mélanie Bouchard née le 7 février 1870 (recensement 1901).
Mariée le : 1891 à St -Charles-Borromée.
Conjoint : David Simard né e 9 mars 1870.
«
Mes parents tenaient un petit restaurant tout près de l'église. Le dimanche, ils
vendaient des pipes de plâtre. Maman faisait de la petite bière d'épinette et de
la tire pour
vendre le dimanche. La semaine, ils ne vendaient rien. Papa travaillait en
dehors,
maman aussi allait couper à la faucille, elle briguait, filait pour les
autres.
J'avais quarante jours quand je suis partie de Saint-Urbain. On a
traversé à Sainte-Anne de Chicoutimi en mars, en voiture. Cinq enfants,
la famille et le ménage dans le même traîneau. Papa a travaillé au moulin à
scie des Priée. Maman a eu deux enfants à Sainte-Anne.
Ensuite on a monté à Saint-Charles. J'avais cinq ans. La famille a monté en
petite barge de bois, par eau. Moi, mon frère m'a monté en chariot dans
le bois. Il avait mis du bagage en avant et m'avait attachée sur le chariot.
Deux jours à monter. On est rentré dans un camp. On a passé 15 ans là,
dans ce camp là.
J'ai commencé à faire ma Jeunesse. Je m'en souviens comme aujourd'hui la
première fois que j'ai été
reçue grande fille. J'avais, Je suppose, 14 ans. Ma sœur se mariait et c'est moi
qui devenais la plus vieille.
Ils étaient partis pour aller se marier. Maman me dit : « II faut que tu fasses
la grande fille à présent,
c'est toi qui restes la plus vieille, quand les sens des noces arriveront, va
les recevoir et fais les choses
comme il faut. Tu les feras passer dans ma chambre, tu les « dégreilleras »
et tu les feras « assire».
Tu frimeras deux bergères côte à côte et tu assiéras les
mariés là. » J'étais fière, je ne me comprenais
plus, quand je pensais que j'étais une grande fille et que c'était moi qui
allait « runner » la noce. Je les
guettais et je ne pouvais pas croire qu'ils arriveraient. J'ai tout fait comme
maman m'avait dit. On a
dansé et c'est là que j'ai commencé ma jeunesse.
On
est rentré dans une maison neuve et Je me suis mariée tout de suite. Papa avait
acheté une terre à
Saint-Charles. Ma mère avait du talent. Dans l'été, à Sainte-Anne, elle achetait
un petit morceau de
viande chaque semaine et elle salait le lard. Quand on est parti pour
Saint-Charles, papa a dit à maman :
«
Ce qui est le pire, Louise, c'est qu'on aura rien à manger à Saint-Charles. » Ma
mère dit : « Occupe-toi
pas de ça, quand ce sera le temps, je t'en donnerai a manger. » « Où vas-tu
prendre cela ? ». Elle va lui
chercher une tinette de lard dans la laiterie. Papa était fier et il sautait. En
arrivant à Saint-Charles, on
avait de quoi manger.
Je
me suis mariée à 20 ans à David Simard de Saint-Joseph-d'Alma, dans ce temps-là
la Grande-
Décharge. Lui était venu à la drave. Le soir, il est venu veiller avec une gang
de draveurs. Il a dansé avec
moi. Il m'a demandé pour venir me voir et pour m'écrire. C'était dans l'automne.
Il est revenu une autre
fois avec son père pour faire la grande demande. Quand j'ai vu son père, ça m'a
pas fait. David s'en est
aperçu, il m'a dit : « Je pense que papa ne te fait pas. » « Ça s'adonne qu'il
ne me fait pas ». « Laisse-le
faire, c'est pas lui que tu maries. Si ça fait pas on se séparera. »
II
est revenu une troisième fois pour me marier. Le soir, on avait fait une grosse
veillée. Il est arrivé
tard avec son père. Tout d'un coup, maman a dit : « Les voilà, va au devant de
ton monde. » Je suis venue
mal; j'aurais mieux aimé qu'ils ne viennent pas. J'avais un cavalier que
j'aimais bien mieux que David. On
s'aimait depuis qu'on était jeunes.
Maman ne voulait pas que je le « marisse » parce qu'il prenait un coup, mais
c'était pas un buveur et
j'aurais été heureuse avec parce qu'il a fait un bon garçon. Le bonhomme m'avait
acheté un jonc, il a
pleuré trois fois et Je l'ai jeté.
On
s'est mariés en janvier. Chez nous ont fait des noces. On a dansé quatre jours
en tout chez nous et
chez mon beau-père. On est monté le lendemain chez mon beau-père en voiture le
long de la décharge.
Des fois, on avait peur de renverser et de tomber dans la décharge. Les hommes
prenaient le cheval par
la bride, d'autres tenaient la voiture dans les mauvaises places. Une fois, j'ai
débarqué, j'avais trop peur.
J'ai eu de chez moi, une couchette, un coffre, une paillasse, des oreillers et
des couvertes. On s'est
installé chez mon beau-père. Ma belle-mère m'a donné sa chambre parce qu'elle
était plus belle que les
autres. Il y avait des mazettes dentelées avec des ciseaux dans les châssis.
Dans le printemps, mon mari est allé à la drave. J'ai resté la. Ma belle-mère
n'avait pas de talent. Elle
s'est aperçue un matin qu'il y avait seulement du pain dans la maison. Ils ont
trouvé un œuf dans l'é+able.
C'est le bonhomme qui l'a engouffré. Je n'étais pas forte et Je n'avais pas le
cœur de manger du pain sec.
Dans l'après-midi, le bonhomme a donné un 2$ à un garçon pour l'envoyer chercher
du lard au village
d'Alma sur le dos d'un cheval. Il est revenu sans lard, il a retourné à
Hébertville-Village pour aller en
chercher. Le soir, je me suis couchée, je n'avais pas faim. La famille me disait
: « Couche-toi pas, le lard
va arriver, on va manger. Je leur disais : « J'ai pas faim ». Je restais
couchée. Le garçon est arrivé à
minuit. Ils m'ont crié : « Lève-toi, le lard est arrivé ». Je les laissais
faire.
Quand la table a été montée, le bonhomme est venu me prendre dans mon lit pour
m'assir à la table pour
manger de la sauce à la poche et des grillades. Je pensais que Je n'avais pas
faim et j'ai mangé comme
une déchaînée. J'ai jamais mangé de si bonne sauce de ma vie. Quand J'ai tenu
maison, j'ai essayé d'en
faire et j'ai jamais réussi comme ça.
On
a été 18 mois là et mon sec--:: ère nous a donné un lot et on est déménagé là.
Mon mari n'aimait pas la
terre, je travaillais avec lui , on faisait du bardeau, on le vendait pour avoir
des provisions. On a vendu
notre terre. David était parti pour Magog. J'ai resté chez mon beau-père, mais
David m'a envoyé de
l'argent pour Je j'aille le trouver Ça me coûtait pas pal, j'avais jamais vu les
chars {trains), partir avec
deux enfants, fallait être courageuse. Je demandais des renseignements au
conducteur. Mon beau-père
m'avait dit comment faire.
En
débarquant à Magog, j'ai vu mon mari, J'étais fière. Il m'a amené à sa maison de
pension. Le soir on
était couchés et j'entendais marcher au-dessus de notre tête, j'ai dit à David :
« II y a toujours bien
quelqu'un qui marche dans le grenier ? ». David m'a dit que c'était une maison à
étages. Je comprenais
pas beaucoup ce que cela voulait dire. Le lendemain, J'ai été examiné cela
dehors, j'ai trouvé cela bien
fin.
On
a été six ans là et on est revenus à Aima, on est restés là deux ans et on est
allés à Manchester, le
climat ne me faisait pas. Je suis descendue en février et David est revenu au
mois de juin. En
descendant, il s'est acheté un moulin à « steam». On s'est installés à
Saint-Joseph-d'Alma à la Vache-
Caille. On a fait de l'argent là.
Au
bout de deux ans, le moulin a brûlé, on s'est levés le matin, le moulin était en
flammes, on avait un
engagé et on pense que c'est lui qui a mis le feu sans faire exprès, par
exemple. Le matin du feu c'était
bien décourageant, j'étais au lit, j'avais une maladie de rognons, pas capable
de me lever. J'avais une
femme pour me soigner et une fille pour me servir et j'avais trois petits
enfants. David m'a dit :
«
Décourage-toi pas, on n'a pas d'assurances, mais J'ai une bonne santé, on a un
peu d'argent, on va se
greiller un autre moulin et ça va bien aller, tu vas voir. » II est sorti dehors
et je l'entendais pleurer
dehors.
Le
lendemain, il est parti pour Plessisville pour acheter un autre moulin. J'étais
découragée. Ma femme qui me soignait est
partie, je restais seule avec ma fille. Je prenais mes remèdes, seule, j'ai trop
pris de calmants et j'ai failli mourir. David est
arrivé, il est allé chercher le docteur ; il m'a fait revenir. David a rebâti le
moulin à la même place.
On
a été cinq ans là. J'avais « acheté» ça faisait deux jours le dimanche
matin, je gardais avec un petit garçon de 12 ans.
David était parti pour aller à la messe. Ma garde-malade n'était pas arrivée
pour faire ma toilette.
Mon
petit garçon, Médéric, rentre de dehors et me dit : « Maman, le moulin à scie
est en feu. « Je me
lève pour aller voir dans le châssis, mon petit garçon me dit : « Maman,
couchez-vous, j'ai pas pensé, car
je vous ne l'aurais pas dit. » Je lui dis : « Cours vite chercher M. le curé
Lavoie d'Alma. »
Le
curé m'a dit de belles paroles ensuite, il m'a demandé si nous avions de la
boisson. J'avais une bouteille
de brandy et il a dit aux femmes : « Faites lui en prendre souvent et parlez-lui
tout le temps ». J'ai pris
la bouteille dans ma journée et ça m'a pas étourdie, mais je n'ai pas été
malade.
David me disait : « Décourage-toi pas, on reste encore nous autres, c'est le
principal. ». M. le curé m'a
dit : « Si ça vient dangereux, on vous prendra dans des couvertes et on vous
déménagera et vous n'aurez
pas
de misère ». Pas d'assurances encore. Il est remonté à Plessisville, il a acheté
une turbine et il est
revenu à Dorval pour s'installer encore un moulin là.
Il
a bâti un camp et il est venu me chercher. J'ai monté sur un chariot avec les
enfants en plein bois
vert. En montant, le cheval s'est estropié, nous avons débarqué. Mon mari a pris
le bébé, il l'a assis sur le
dos du cheval, lui marchait à côté et la tenait bien, mais Je montais avec
l'autre jeune par la main, elle
avait cinq ans. J'ai arrivé dans le camp. Le camp n'avait pas encore de châssis,
c'était l'automne, mais il
faisait beau.
En
arrivant, je me suis assise sur une ... et je me suis mise à pleurer, David dit
: « Tu t'es jamais
découragée, décourage-toi pas, je fais faire le dîner. Repose-toi, durant ce
temps-là, tu vas manger et
ça va bien aller après tu vas voir. ». Il a fait des patates fricassées, il a
monté la table et il m'a dit :
« Viens manger, écoute que les patates sont bonnes, tu vas voir comme ça va te faire du bien. ».
J'ai été mangé, ça m'a consolé. Après le dîner, j'ai commencé le bardassage et
après ça allait bien. On a
gardé le cheval trois jours après dans le camp ; le camp pour les chevaux
n'était pas prêt. Après il est
allé se chercher un mécanicien pour bâtir son moulin et s'installer. Quand tout
a été fini, il est monté à
Plessisville pour chercher sa turbine. A l'autre voyage, il l'avait achetée,
mais il s'était installé avant
d'aller la chercher. Je restais seule avec les enfants.
Le
matin, je pars pour aller chercher de l'eau au bas de la chute, c'était à la
fonte des neiges. Je glisse
et je tombe à l'eau, pas moyen de m'arracher. J'avais de l'eau presque jusqu'au
cou et J'étais serrée dans
la glace. Toujours, je viens à bout de me bouger un pied, Je frappe avec le bout
du pied, je fais un petit
trou et je prends mon pied dans ce trou-là et je pousse. Je fais encore la même
chose et je me « halle »
tranquillement. Je viens à bout de me tirer de là, j'avais bien été une heure
dans l'eau. J'ai arrivé à la
maison sans chaudière, elle avait pris le courant. Les enfants pleuraient, ils
ne savaient pas ou j'étais
allée. David est arrivé le soir et je lui ai conté ça, il était bien découragé.
Il m'a dit : « Tu auras pris le
courant, c'était au bas d'une grosse chute, je n'aurais su ou tu étais ». Quand,
j'étais au bord de la
chute, je me recommandais à la Sainte-Vierge, c'est elle qui m'a donné un moyen
de me tirer de là.
On
s'est installés là et on a été sept ans là. David prenait des contrats. Ses deux
petits garçons travaillaient avec
lui et il avait des hommes engagés. L'hiver, il travaillait là, l'été on allait
passer l'été à la Vache-Caille. Il
voyageait du moulin à la Vache-Caille.
Le
samedi, il est venu faire un tour, le dimanche matin, il voulait prendre un
verre de vin de créosote pour se
donner de l'appétit. Il s'est trompé de bouteille, il a pris un liquide pour
miner. Il m'en a offert, il m'a dit :
«
prends-en donc, tu n'es pas si grasse, ça te donnera de l'appétit. » Je n'ai pas
voulu en prendre. Il a pris ça et il
est venu déjeuner, on avait des beans. Il a commencé c en manger, ensuite, il
m'a dit : « Donne-moi du lait, je ne
sais pas ce que j'ai. »Je me suis aperçue de ce qu'il avait fait, je lui ait dit
:
« Tu t'es trompé de bouteille ». Lui ne pouvait pas parler. Il est venu tout
taché de bleu, je l'ai assis sur
une chaise et je lui ai fait prendre du vinaigre. J'avais entendu dire que
c'était bon pour un contrepoison
II a restitué, mais il n'était pas capable de parler et on trouvait qu'il
rempirait. On est allé chercher le
docteur et le curé. Avant qu'ils arrivent, mon garçon dit: « Poupa, pensez au
bon Dieu, vous allez
mourir. »
II
commençait son acte de contrition, mais il faisait rien que marmonner et mon
garçon l'a dit à sa place.
Le curé est arrivé et il l'a administré. Le docteur a dit : « S'il a pris de
cette glycérine, c'est assez fort
pour empoisonner tout le rein, il n'y a rien à faire ». Ils sont venus me dire :
« Viens le voir mourir. ». Je
l'ai vu mourir avant de dire son acte de contrition, il était assis sur une
chaise et j'étais à genoux contre
lui. Il m'a dit : « Décourage-toi pas, il n'a pas pu dire autre chose. »
II
a été enterré le jeudi, on attendait ses parents des Etats. On avait seulement
une maison d'été par
exemple, j'avais le moulin à moi. J'ai vendu mon moulin 11 000$ cash et j'ai été
porté cet argent à la
banque. Quand David est mort, on avait 300$ de côté. J'ai acheté une tombe et Je
l'ai fait faire par un
ouvrier. Je voulais pas l'acheter faite, ça coûtait plus cher, elle m'a coûté
14$, son service 35$ et j'ai
payé 15$ pur le service anniversaire. J'ai tout payé tout de suite. Ensuite
j'avais une vache, mes deux
grands garçons sont allés gagner en dehors. J'ai resté à la maison avec six
enfants. J'avais de la
« fleur », une pièce de lard et ma vache. On a passé l'été avec ça, je voulais
ménager mon argent pour
m'acheter une terre pour garder mes enfants avec moi.
Au
bout de neuf mois, j'ai acheté une terre au nom de mes petits garçons pour
qu'ils restent avec moi à
la Vache-Caille. 3 000$, un lot. On s'est déménagés là. Mon plus vieux garçon,
Médéric 19 ans et l'autre
Edmond 16 ans, ils ne connaissaient pas la culture. Il fallait que j'aille aux
champs pour leur dire
comment faire. Ça faisait deux ans qu'on était là et ça allait bien.
Le
plus vieux s'est marié avec ... elle est rentrée chez nous un an après. Edmond a
parlé de se marier
avec une sœur de l'autre : Marie-Louise. Je n'aimais pas beaucoup ça, l'autre
était toujours malade, elle
est morte consomption. J'ai dit ce que je voulais dire et quand j'ai vu que je
ne pouvais pas gagner, j'ai
dit ; « Mariez-vous, je vais me marier aussi ! »
Je
pensais que je leur nuisais et j'aimais mieux prendre mon parterre et m'en
aller. Il s'est marié et
trois semaines après, j'étais mariée. C'était un dimanche après-midi. J'étais
allée faire un tour chez le
voisin avec ma première bru, on voit passer une voiture qui allait chez nous, on
s'en va, le veuf était
rentré. Il n'y avait personne dans la maison, on arrive et il était prêt à
détacher son cheval pour s'en
aller.
Je
lui dis : « Monsieur, si vous avez affaire aux gens de la maison, les v'Ià ». Il
dit « Oui, je cherche une
veuve ». Je lui dis : « C'est moi la veuve, rentrez monsieur. » II rentre, il
s'assit et se met à me dire
qu'on lui avait « enseigné » une veuve, c'était moi et il venait pour essayer de
faire des affaires. Je ne
disais pas grand chose, car il ne me faisait pas pan+ou+e.
Toujours, mon deuxième garçon arrive avec sa femme, il arrivait de chez son
beau-père. Le veuf reste
gêné ; il ne parle plus. Toujours, il me demande pour me parler toute seule. Je
le fais rentrer dans ma
chambre. Je m'assis sur mon lit. Lui assis à côté du lit et là il me demande. Je
ne parlais pas gros, il ne
me faisait pas. Il me dit : « Vous viendrez voir mes dépendances », et il me
demande s'il va revenir. Je
luis dis : « Vous reviendrez, je vais penser à mon affaire. »
Quand il est parti. Je dis : « II n'a pas besoin de revenir ». Les petits garçons se mettent après moi :
«
Maman, vous êtes très difficile, c'est un beau gros veuf, il a de l'argent. » Ça
m'avait donné un coup
dans le cœur. J'ai pensé, c'est « ben>, vous voulez vous débarrasser de
moi, je vais me marier, il ne me
fait pas, mais quand même je ne l'aimerais pas, Je vais le marier pareil.
Le
mardi, il est revenu, je ne l'aimais pas plus. Le lundi. J'ai été chez lui.
Ça faisait deux ans qu'ils
restaient seulement des hommes dans la maison. Il avait une belle maison, un set
de salon, un set de
salle à dîner, une belle terre. 5a femme était morte sans papiers et il m'avait
dit : « Je vous donnerai
comme aux enfants ». Je me mets à penser à cela et je me dis : je me fais
avantager de 1 000$ ou je ne
le marie pas.
Je
pars dans la semaine avec mon garçon pour aller le voir. En me voyant « r'soudre
», il reste surpris, il
me pensait découragée. Je lui conte le but de mon voyage, les enfants ne
voulaient pas. Je leur dis :
«
Mes enfants. Je ne suis pas venu pour faire de la chicane, si votre père ne veut
pas, ça va être réglé,
je ne me marie pas. » Le bonhomme se lève et dit ; « les enfants, ce n'est pas
de votre affaire, c'est
pour moi que Je me marie, allons chez le notaire ». On est partis faire les
papiers. En sortant de chez
lui, il m'a dit : « Vous n'avez pas l'air à m'aimer, si vous ne m'aimez pas,
c'est encore le temps de dire non,
vous savez. » Je lui réponds : « Je sais ce que je fais, envoyez. ». Il m'a
avantagé de 1 000$. On s'est
mariés le mardi suivant au mois d'août, il s'appelait Joseph Lavoie.
Il
m'avait acheté un jonc, marié à Aima, messe de première classe, on était bien
habillés durant la messe
de mariage, je me .... La messe et je le regardais et je pensais : « II n'est
pas pire que les autres, il y en
a en masse de pire. J'avais demandé à la Sainte Vierge durant la messe de tâcher
de me le faire aimer.
Mon
beau-père, le père de mon premier mari, m'a fait de grosses noces. J'avais marié
un fou, il avait une
famille de fous, il avait trois à l'hospice et sur les quatre qui restaient à la
maison, il y en avait un qui ne
valait pas grand chose. Mon bonhomme, le monde l'appelait « Tour l'oignon ». Le
dimanche, je pars avec
lui en dessous du bras, pour aller à la messe, les amis de mon premier mari
disaient : « Monsieur et
madame Tour-L'oignon » et je les voyais rire, j'aurais voulu être un petit
oiseau, j'aurais passé par-
dessus l'église. Quand J'ai vu ça, je me suis levé la tête et j'ai fait la fière
pour faire que je l'aimais. Il y
en avait qui disaient : « Elle a dû faire une grosse vie et elle a marié ce
bonhomme-là pour réparer. »
Bien croire que ça me faisait de la peine, moi qui avais fait une vie si
tranquille avec mon premier mari.
Dans le premier hiver, mes enfants à moi sont montés dans le bois. D'abord
j'étais partie seulement avec
ma plus vieille fille, mes petits garçons avaient gardé les trois autres
enfants, je leur avais laissé
l'argent que j'avais pour les élever, mon plus jeune, trois ans, ils sont allés
dans le bois, je me suis
ennuyée. Je me couchais de bonne heure pour pleurer à mon saoul. J'avais une
image du Sacré-Cœur-de-
Jésus et de Marie au-dessus de mon lit je leur demandais de tâcher de me faire
aimer un peu par ce
bonhomme là.
Le
printemps, j'ai revu mes enfants et ça faisait du bien, ça allait mieux. Mon
vieux était malade et il
avait de l'asthme, il n'était pas propre avec ça. Il fallait que je le lave pour
le voir propre. La maison, je
l'ai prise sale aussi. Il n'avait pas de femme pour l'entretenir, j'ai lavé un
mois.
Il
n'aimait pas me donner de l'argent, mais quand c'était lui qui payait, il était
« flush». Quand j'avais
besoin de quelque chose, je lui disais : « Viens, allons au magasin, j'aurais
besoin de petites choses. ».
Quand j'étais rendue au magasin, j'achetais tout ce que je voulais, il ne disait
jamais rien, il payait et ça
forçait pas.
J'ai été dix-sept ans avec mon vieux. Ça allait à merveille dans la
maison, il était bon pour moi et on
s'acharne pas à du monde quand ils sont bons. Les enfants me respectaient et
m'aimaient. Quand leur
père les disputait, ils me faisaient pitié et je prenais pour eux autres et tout
marchait pour le mieux. Il
est mort de l'asthme, il a été un an malade, les jambes lui ont enflé et ça
distillait dans le temps. J'ai
été un an sans me déshabiller, j'en avais soin jour et nuit. Ça lui
coûtait de me laisser. Il me disait : « Je
ne sais pas ce que tu vas faire quand je serai parti. ». Je lui disais : «
Laisse faire, je m'arrangerai bien. »
Il est mort de deux septembre. J’ai resté là avec les enfants, il y avait une bru avec nous et on s’entendait
bien ensemble. ( à suivre)