LES DIRES D'UN HOMME DE PAROLE (Édition préparée par Fernand Foisy)

VOTER (COMMENT)
Aux prochaines élections fédérales, on va écrire «merde» sur nos bulletins de vote. comme Trudeau l'a dit aux «gars de «Lapalme». S'il y en a un million ou deux qui le font, les Anglais vont peut-être comprendre qu'on ne veut plus rien savoir du Canada.
Montréal Flash. 29 novembre 1971. par André Dalcourt.

Quand j'allais voter au fédéral, ma vieille mère me demandait : « Comment on vote. mon p'tit garçon ? » Je lui disais: «Maman, tous ces Messieurs nous veulent du bien : on fait des croix partout. »

J'ai dit ça aux gars de Sorel, en 1982. Un gars m'a dit: «Tu vas perdre ton vote.» Je lui ai rétorqué: «Toi t'as mis Bourassa dehors parce qu'il t'avait botté le cul; là, tu veux sortir le PQ, ça fait que tu vas faire revenir Bourassa ! Il va te donner une double ration de coup de pied au cul. Tu sais pourquoi ? Parce que t'aimes ça!
Bien. c'est exactement ce qui est arrivé...

Non? Je te dis. mon frère, ce sont tous des vendus.
Prends l'autre. Ryan. Lui. je vais vivre jusqu'à 94 ans juste pour le voir crever. Je vais l'enterrer sur le ventre. Comme ça. s'il se réveille, il va creuser... »
Voir, du 25 avril au 1''' mai 1991. par Richard Martineau.
 

La journée du parfait Québécois

Le Québécois se réveille dans des draps de la Dominion Textile — c'est la compagnie qui a exploité la population un peu partout dans la province et qui a fait des millions avec des subventions du gouvernement — el il fait craquer un matelas Simmons — des matelas réputés, fabriqués par une compagnie où les gars ont été obligés de faire des grèves pour se faire respecter. Il met les pieds sur la Dominion Oilcloth and Linoléum, le cartel international des couvre-planchers que les coopératives suédoises ont brisé comme elles avaient brisé le cartel des ampoules. Il va au lavabo, et les chantepleures sont des Crâne ou des American Brass — aussi pourries les unes que les autres — et ça rouille vite. Il se rase avec un rasoir électrique de la Remington, propriété du gars qui a acheté la compagnie. Après ça, il prend du savon Procter and Gamble ou bien Lever Brothers, les gars qui contrôlent les gras sur la surface de la Terre, c'est-à-dire les matières qui contiennent des protéines. Une semaine, ils disent qu'il faut que ça fasse de la broue ; la semaine suivante, ils disent pas de broue et une serviette: l'autre semaine, ils disent pas de serviette, pas de broue... une casserole. Puis. il va à la  table, mange du pain d'Ogilvie Flour Mills. au sujet duquel l'enquête McGregor à Ottawa nous a révélé que, dans les entrepôts au Canada, les parasites ne pouvaient vivre parce qu'on avait extrait le blé de la farine... M Saint-Laurent, notre grand premier ministre, a gardé le rapport dans ses tiroirs pendant quinze mois. Durant cette période-là, les compagnies ont imprimé les nouveaux emballages où il était dit que le pain avait été enrichi de vitamines, c'est-à-dire qu'on avait remis un peu de blé dans la farine. Ça, c'est Ogilvie Flour Mills...
Il prend alors une petite boîte de jus Canadian Canners : c'est comme Stock Canners des États-Unis. Le lait c'est du Borden de New York, généralement. Après ça, il mange du bacon, c'est du Wilsil ou du Withfield. Et puis les œufs. ils sont de la Canada Packers.
Les céréales sont de la Général Foods : l'enquête Stewart nous a démontré que le contenant valait plus cher que le contenu. Le gars mange ses céréales le matin, puis dans le milieu de l'avant-midi il a faim, et c'est parce qu'il n'a pas avalé la «bébelle» qui était dans la boîte. Le sucre vient de la Acadia Sugar Refinery ou bien de Lawrence Sugar, qui ont manipulé les prix jusqu'à 92 fois  la même année et qui nous volent à la petite cuillère. C'est généralement du sucre volé en Amérique latine, sauf à Cuba. Le café vient de la Général Foods, encore du café volé en Amérique latine où la production a doublé depuis 1959 et les revenus, baissé de moitié.
Là. il allume une cigarette de l'American Tobacco. Puis il passe par l'American Téléphone and Telegraph pour appeler son ami qu'il doit aller prendre. Pour sortir, il tourne la poignée de porte de la Général Steel Wares. Il ne la ferme pas trop fort pour ne pas briser la Dominion Glass.
Il tombe sur la Canada Cement, puis monte dans une General Motors et part travailler pour un trust américain. Le gars dans le fond de la mine, ou dans le fond de la forêt, c'est un Québécois, mais les produits s'en vont en jet aux États-Unis. Pendant sa pause-café, il boit un coke en fumant une cigarette de l'American Tobacco. Et le soir, il chante sa liberté devant une télévision Sony.