Cultivés ou culturés

(La culture de nos jeunes)

            Dans une société comme la nôtre où la technologie avance et évolue sans cesse, il est difficile d’être à l’affût de tout ce qui se passe au niveau de l’actualité, des arts ou même du sport. Cette affirmation me rend perplexe et fait naître en moi une question fondamentale qui trotte dans la tête de bien des gens : les étudiants fréquentant le collège d’Alma possèdent-ils réellement un bagage de culture générale assez important pour suivre tous les cours qui s’offrent au cégep, par exemple la philosophie ou la littérature. Il est certain que cette réflexion soulève bien des points de vue différents, puisque chaque être humain possède sa propre logique et se doit de développer une façon de penser unique.

            Tout d’abord, il y a un élément qu’on ne peut passer sous silence… Quelle est la définition du mot culture, puisque toute connaissance humaine est relative. Selon « Le Petit Larousse illustré », la culture se définit ainsi : « Ensemble des connaissances acquises dans un ou plusieurs domaines. » Ce qui signifie que l’être humain n’a pas besoin de tout savoir sur le bout des doigts afin d’être considéré comme cultivé. La plupart des individus qui recherchent le niveau de culture d’une tranche de population spécifique (comme je le fais présentement), oublie qu’il n’est pas toujours nécessaire de tout savoir pour être dans le bassin des personnes dites « intelligentes ». De nos jours, il est vrai que les jeunes n’ont pas l’air si maniaque de lecture ou de peintures sauf que chacun d’entre eux possède un point fort, une passion, qu’il développe à fond. Parlez à Guy de cosmos, il vous écrira un livre, demandez-lui qui est Victor Hugo, il vous répondra : « C’est qui ça ? » Monique connaît la linguistique, mais ne l’interrogez pas sur les solutions chimiques. Il y a Paul, le poète, l’auteur, le fin parleur, le chanteur ; la poésie est tatouée sur sa peau, mais en biologie, c’est un gros zéro.  

            Plusieurs journalistes, professeurs ou adultes en général ont tendance à croire que les jeunes se contrefichent de tout ce qui arrive en ce monde autant au niveau artistique, politique ou littéraire. Mais comme me l’a souligné Marie-Christine Bernard, professeur de littérature et de création littéraire au collège d’Alma, les étudiants d’aujourd’hui ont accès à un grand nombre de véhicules d’information, comme la télévision, la radio, Internet, les revues de toutes sortes ou les journaux. Sauf que… Il y a un autre questionnement qui saute aux yeux en entendant ceci, est-ce que ce mêmes jeunes emploient les moyens de s’informer convenablement ? La télévision est devenue une gardienne d’enfants répondrait Louis Côté, un professeur de philosophie. Et il n’a pas tort! Comment pouvons-nous intéresser nos enfants, dès leur très jeune âge, à aimer lire des histoires, dessiner, chanter ou encore savoir l’histoire des autres pays dans le monde, si la seule carte que les parents ont en main pour le faire est de brancher fiston Donald et sœurette Micheline sur Pikachu ou les Télétobies ? Un enfant doit pouvoir être initier à la lecture en se faisant raconter des histoires ou à la chanson par les comptines de papa et de maman.

Non par « matante » Panasonic qui berce nos enfants la nuit avant d’aller faire dodo, à moins d’être une émission éducative du calibre de Passe-Partout ou Cornemuse qui enseigne le savoir-vivre et augmente le niveau créatif chez l’enfant.

            Par contre, un avantage qui existe à pouvoir utiliser de bonnes ressources comme les sites Internet d’informations, la télévision à des postes à contenu, tel RDI, le canal D, ou  des journaux « sérieux »,  le Soleil ou le Devoir,  est que les jeunes peuvent s’instruire ouvertement et que les événements culturels ne sont pas seulement destinés aux enfants de riches. Il y a cinquante ans, les étudiants qui avaient le droit à l’éducation, étaient en grande partie constitués des enfants de l’élite ; enfants de docteur, d’avocats, de notaires. Ceux qui résidaient en campagne sur les terres s’instruisaient très peu ou pas du tout ; ils devaient quitter l ‘école pour prendre soin de leurs petits frères et sœurs, ou ils devaient succéder au père et travailler sur la terre familiale, ancestrale . Donc nous pouvons nous trouver chanceux de toutes les nouvelles techniques qui se développent pour ainsi nous informer des détails du monde moderne d’aujourd’hui, car en les utilisant bien, sans en abuser, il est très simple de se renseigner tout en ayant du plaisir. De plus, ce qui a fait évoluer le système scolaire au Québec l’accessibilité de l’école à TOUS. J’ai bien dit TOUS ! Comme ça, il n’y a personne d’exclu et tout le monde peut savoir au moins les principes de base favorisant le développement harmonieux de l’être humain, tels savoir écrire, lire et calculer.

De plus, il est difficile de comparer si, par exemple, la génération des Babyboomers avait un niveau de culture plus élevé à notre âge, car leur système de cours classique  dit classique était tout fait différent du secondaire et du cégep d'aujourd'hui. Selon Florian Côté, un autre philosophe et frère de l’autre, le secondaire nous apprend à approfondir nos techniques de base, en les améliorant d’année en année, mais en omettant de parler de bien des détails importants qui nous aideraient beaucoup à atteindre le stade du collège comme par exemple, la découverte en littérature,  philosophie, mythologie, etc. Une fois arrivé au cégep, le professeur doit reprendre au tout début certaines matières que l’étudiant devrait connaître et maîtriser depuis longtemps.

            Dans une toute autre ligne d’idées, il me faut tuer quelques fantômes qui courent dans l’esprit des adultes face aux futurs dirigeants de cette société. IL N’EST PAS VRAI ET NON FONDÉ QUE LES JEUNES NE S’INTÉRESSENT À RIEN DE NOS JOURS ! Il ne faut pas mettre tout le monde dans le même bateau ! Une grande partie de notre génération sait comment s’occuper de façon productive tout en s’amusant. Ce n’est pas tout le monde qui est branché vingt-quatre heures sur vingt-quatre sur les jeux vidéo et les ordinateurs. Bon ! Quelques statistiques pour vous le prouver. En même temps, je prendrai ces quelques minutes de non créativité pour reprendre ma bonne humeur, car je ma suis un peu emportée… Que voulez-vous, je prends ça très personnelle !     

Statistiques

 

·        80% des jeunes achètent des disques, des cassettes, des journaux ou des revues.

·        40% sont attirés par les spectacles de musique, de théâtre ou de danse.

·        2/3 ou 66, 667% fréquentent les discothèques.

·        80% vont au cinéma de façon plus ou moins régulière.

·        75% s’adonnent aux sports.

·        60% s’impliquent dans les activités parascolaires de leur école.

·        ½ ou 50% lisent des livres et en dévorent.

·        1/3 ou 33,334% jouent d’un instrument de musique.

·        + 1/3 choisissent un milieu artistique au collège : arts plastiques, lettres, communication, danse, théâtre.

·        La télévision les occupent environ 20 heures par semaine et pour l’audition de la musique (radio, disque), c’est encore plus.

(Selon le livre « Sociologie de la famille du Québec »)

            Il est aussi important de noter que les jeunes ont beaucoup de temps et qu’ils l’emploient aux activités parascolaires et aux loisirs. Ces statistiques peuvent changer selon le milieu où nous avons grandi, comment nous avons été élevés, notre milieu socio-économique et notre sexe.

            Notre animateur de parascolaire au collège d’Alma,  a remarqué qu’avec les années les jeunes s’impliquaient beaucoup moins, que leur fidélité et leur solidarité à un groupe ou comité est absente, s’il n’y a pas de récompense ($), les étudiants n’embarquent pas. Il a aussi constaté que les valeurs avaient bien changé (nostalgie)… Les étudiants s’occupent beaucoup plus de leurs relations amoureuses, de leurs biens matériels et de leurs apparences. « Ils ont vieilli avant leur âge et ne pensent plus à faire leur jeunesse », s’empressa-t-il d’ajouter en riant. Quant à Marie-Christine Bernard, lorsque je lui ai demandé comment voyait-elle ses étudiants aujourd’hui. Elle m’a répondu, qu’ils en savaient déjà beaucoup, que leur niveau de culture était assez fort comparativement à l’époque de la colonisation, mais que les jeunes manquaient de discernement, de sens critique et d’ouverture d’esprit face à aux œuvres étudiées en classe. Elle trouve décevant de voir le manque d’émerveillement de ses classes de littérature et leur côté un peu blasé. Et ce n’est pas faux ! Pas faux du tout ! Notre génération éprouve de la difficulté à exprimer leurs émotions de manière explicite. Elle aime ou elle n’aime pas. Ne demandez pas pourquoi ? Ils aiment parce que c’est « cool ». Ils n’aiment pas parce que c’est plate.

            À mon avis, la culture générale et les connaissances des jeunes d’aujourd’hui ne sont pas plus faibles que celles de nos grands-parents, et sont équivalentes à celles de nos parents. Les êtres humains ont trop souvent tendance à comparer les générations d’avant ou d’après  parce qu’ils ne sont pas semblables à eux et qu’ils ne s’intéressent pas aux mêmes choses qu’eux. Comme vous avez pu remarquer, avec les statistiques du livre de la « Sociologie de la famille du Québec », les étudiants, non seulement du collège d’Alma, mais de toutes les écoles du Québec, s’intéressent aux médias et aux arts pour ainsi se familiariser avec les domaines qui caractérisent la culture québécoise : le cinéma, la télévision, la musique, la radio et Internet. De plus, puisque les étudiants, selon Eugène Bilodeau, aiment beaucoup mieux travailler en solitaire puisqu’ils ont plus confiance en eux qu’aux autres, il est beaucoup plus facile de s’informer  et de se cultiver, car il faut tout faire nous même.

            À Alma en particulier, il est plus difficile de pouvoir vivre son art ou découvrir de nouvelles réalisations et créations. La ville est petite, la région isolée, alors nous manquons de ressources artistiques, bien que celles que nous possédons essaient de survivre tant bien que mal. Par exemple, Alma possède un musée décrivant l’histoire de la colonisation du Lac-St-Jean, une salle de spectacle l’Auditorium, qui fait de son mieux pour inviter des artistes de Montréal ou de monter des spectacles renommés pour ainsi faire découvrir tout ce que les gens de la région ne peuvent pas voir, il y a aussi le Café du Clocher qui prête sa scène pour une bouchée de pain aux musiciens ou poètes qui veulent exposer leur talent au public d’ici. Mis à part ces lieux, la culture n’est pas mise au premier plan, elle se retrouve dans les livres de la bibliothèque et ne se vit pas hors de ces lignes. Dans le cadre scolaire, il y a des activités comme les spectacles des étudiants en musique, le lancement de la revue Calliope où les écrivains peuvent exhiber leurs œuvres, les expositions des ATI ou leurs performances, la pièce de théâtre de la troupe du cégep, mais encore là, les adultes croient que nous ne sommes pas assez intéressants ou compétents, malgré le succès  de ces événements locaux année après année.. Peut-être que ce n’est rien. Que ça ne prouve rien. Mais je peux vous dire et je sais de quoi je parle car je suis étudiante ici, que les jeunes sont assoiffés de connaissances sous leur armure de caillou  indifférent qui les poussent à dire que tout est démodé ou qu’il n’y a rien qui attire leur intérêt. La preuve, la majorité des élèves du collège étudie dans un milieu général qui les oblige à reprendre les rangs, direction l’université… Il est vrai, il y a des jeunes qui ne sont  préoccupés que par un champ, une spécialité, mais habituellement ils développent leur sujet de passion au maximum, à cent pour cent.  

                Finalement, l’état de la culture au collège d’Alma n’est pas dramatique, ni négligée. Les étudiants prennent au sérieux tout ce qu’ils doivent accomplir comme tâche, tout ce qu’ils doivent analyser et créer. Tant qu’il y aura des artistes pour continuer l’œuvre de nos anciens, l’œuvre des romantiques, des surréalistes, des rococos, des dadaïstes et de tous ceux qui ont défini la culture par leur vague d’inspiration, il y aura de l’espoir. Car les écrivains, les peintres, les poètes, les musiciens, les politiciens et toutes les personnalités publiques influencent le cours de l’histoire pour ainsi agir sur la mentalité et des jeunes et des adultes. Si nous avons peur de  l’inculture de notre génération, peut-être faudrait-il se pencher sur le cas des plus vieilles que nous, car l’ignorance n’a pas d’âge… et l’idiotie aussi ! Donc ce texte se termine comme il a commencé, en réaffirmant que toutes les connaissances humaines sont relatives, car la culture se retrouve dans tout : la politique, la peinture, la sculpture, les lettres, les médias, les sports, les voitures, la collection de papillon, la décapitation d’une grenouille dans un laboratoire de biologie, l’art du cirque, l’art de faire rire, l’art de mentir, l’art de manipuler, l’art de défendre ses droits, l’art d’écouter Passe-Partout en cachette, l’art de trouver Brassens l’homme le plus honorable du millénaire, l’art de vivre, l’art de mourir, l’art de raconter, l’art de commencer des histoires, l’art de les finir par une énumération de sept lignes, l’art de mettre trois petit points qui sous-entend que… c’est le temps de taper fin…

 

-Fin-