NOUS Jean-François Lisée (il y a urgence en la demeure)
| La majorité franco-québécoise est minoritaire.
Dans le pays. Sur le continent. Sa survie même, à long terme, reste
une question ouverte. Son identité n'a pas la force de la vieille
pierre française ou du béton armé américain. Ces derniers vingt ans,
on a beaucoup chanté la tolérance, l'interpénétration. On a épaulé,
à coup de chartes et de programmes d'accès à l'égalité, la montée
des droits des minoritaires. C'est indubitable- ment ce qu'il fallait faire. Redresser les torts. Faire place aux autres. Imposer la reconnaissance. Que du bon pain. Mais, dans les neiges du dernier hiver, le
Québécois moyen a perdu pied. À force de bouger les frontières de
l'identité, d'ouvrir des brèches, on perd ses repères. D'autant que
les Franco-Québécois ne sont pas eux-mêmes immobiles dans leur façon
d'être, dans leur rapport, par exemple, avec la religion. Mon diagnostic est le suivant. Le Québec a eu pendant deux décennies un flirt prononcé avec le post-modernisme. Mais le cumul des accommodements, d'une inquiétante réforme de l'éducation et plus largement d'une perte de repère provoque un retour aux valeurs sûres, un besoin de certitudes. À mon avis, au niveau des principes généraux, le
Québec devrait bien sûr réaffirmer ceci : Cela
est vrai dans notre économie : l'extraordinaire succès des produits
québécois sur le continent anglo-américain — font
de l'anglais une composante incontournable de la vie économique du
Québec. « la seule langue » utilisée dans chacune des composantes d'une entreprise. Cela n'a d'ailleurs jamais été l'objectif de la loi 10l. Sur
les grands enjeux, ce qui hante les Québécois —et qui percole à
travers le débat sur les accommodements Insécurité des communautés autres que francophone et anglophone, finalement, doublement minoritaires, tiraillées entre leurs identités complexes et les attentes des sociétés d'accueil québécoise et canadienne, manoeuvrant dans un contexte politique et linguistique singulier — pour ne pas dire déroutant — et se sentant visées par l'ensemble des débats sur les transferts linguistiques qu'elles font ou ne font pas dans la direction souhaitée par les uns et par les autres. ^ Faire des cégeps le point de passage commun des Québécois de toutes origines.
Les données sont claires: une fois terminée l'école
secondaire les allophones du Québec adoptent de façon massive
l'enseignement collégial anglophone. Ils ne
sont pas les seuls. Est-il
souhaitable que nos futures élites soient formées séparément, dans
deux réseaux parallèles et différents?
Je propose de fusionner les réseaux
francophone et anglophone des cégeps,
pour en arriver graduellement à un seul réseau, dans lequel
tous les Québécois, issus de tous les Nous, partageront une
expérience commune. Cela n'est pas anodin,car il s'agit de la
totalité des techniciens, professionnels et universitaires de
demain, donc la strate supérieure de la société québécoise. Le
déclin politique à venir du Québec est inscrit dans la démographie:
son poids électoral dans la fédération est passé de 33 %, au moment
de la création du pays, à moins de 25 % aujourd'hui. Notre sinueux cheminement identitaire nous conduit à la citoyenneté comme aboutissement logique. De «Canayens » à « Canadiens français », puis à « Québécois », terme d'abord perçu comme ne s'appliquant qu'aux seuls habitants de la ville de Québec, puis, à la fin des années 60, aux indépendantistes, puis aux seuls francophones, puis à l'ensemble des résidants du Québec, toutes origines ethniques et linguistiques confondues. Cette dernière étape est la plus difficile à franchir, et les allophones utilisent aujourd'hui régulièrement le terme «Québécois» pour dire «francophone de souche». Pour parler, donc, de Nous. Mais Nous, nous voulons que le terme «Québécois» ne s'applique pas qu'à Nous les francophones, mais à Nous tous, citoyens du Québec.
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