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La souveraineté et rien
d'autre
Paul Roy
La Presse
Québec
À l'heure où certains péquistes songent à se défaire du boulet de la
souveraineté, Louis Bernard propose exactement le contraire : se
défaire de tout le reste pour ne conserver que la souveraineté.
Dans une lettre publiée aujourd'hui dans La Presse, l'ancien
haut fonctionnaire et conseiller de René Lévesque et Jacques
Parizeau, candidat défait à la succession de Bernard Landry en
novembre 2005, propose que le Parti québécois s'engage à tenir un
référendum sur la souveraineté immédiatement après une victoire
électorale.
Les prochaines élections seraient dès lors «pré-référendaires». «Le
PQ demanderait aux électeurs de ne pas voter pour lui s'ils ne sont
pas prêts à faire l'indépendance», écrit M. Bernard.
La question référendaire serait simple : «Acceptez-vous que le
Québec devienne un pays souverain et indépendant ? Oui ou Non.»

Et si une majorité d'électeurs cochaient «Non», le gouvernement
n'aurait pas le choix de démissionner, s'étant refusé «d'avance et
explicitement à gouverner le Québec-province».
En entrevue, M. Bernard, un poids lourd intellectuel au PQ, explique
qu'il s'agit là de «la meilleure stratégie pour faire le meilleur
score possible la prochaine fois». «Si on discarte la souveraineté
pour miser sur l'autre carte (social-démocratie, bon gouvernement),
à mon avis, on commet une erreur stratégique importante. Je pense
qu'on va aller chercher plus de votes en misant sur la souveraineté
qu'en misant sur la social-démocratie.»
- Peut-on gagner à court terme avec un tel
programme?
- Pas la prochaine (fois), là. Mais quand on a fondé le Parti
québécois, on ne pensait pas gagner du premier coup non plus. Mais
je vous dirais qu'à l'élection suivante, on a d'excellentes chances
de gagner. Parce que la clientèle souverainiste est beaucoup plus
grande que n'importe quelle autre pour le PQ. Et je pense que c'est
là-dessus qu'il faut miser.
Dans son texte, M. Bernard propose «que le PQ précise le plus
explicitement possible dans son programme la manière dont se fera la
souveraineté, afin que la population ait l'assurance que la
transition pourra se faire correctement».
«Il faudra dire clairement qu'après un référendum gagnant, le Québec
ne deviendra pas souverain instantanément, du jour au lendemain,
mais qu'au contraire, il y aura une période de négociation avec le
reste du Canada (à laquelle celui-ci est d'ailleurs contraint par la
Cour suprême) pour assurer une accession ordonnée à la
souveraineté.»
Selon M. Bernard, le parti de René Lévesque a perdu du temps qu'il
aurait mieux employé à parler de souveraineté. «Si on avait
travaillé là-dessus, on serait plus avancé. Mais comme ça fait
longtemps qu'on ne parle plus de souveraineté, on ne peut pas penser
que ça va se faire du jour au lendemain, instantanément. Mais si on
ne prend pas cette carte-là, il n'y en aura pas beaucoup, de députés
du PQ, après la prochaine élection.»
- Une telle réorientation nécessite-t-elle un
changement de chef?
- Non, pas du tout. J'ai appuyé M. Boisclair, il a fait une
excellente campagne et je ne pense pas qu'il devrait démissionner.
- Et s'il le faisait ?
- Je ne fais pas ça dans cette perspective-là du tout (rires).
Selon Louis Bernard, qui a 69 ans, le PQ est à la croisée des
chemins. «Il (le PQ) doit dire : Si je suis élu, je vais faire la
souveraineté, j'ai été créé pour ça. Si vous n'êtes pas prêts à la
faire, ne votez pas pour nous. Quand vous serez prêts, vous voterez
pour nous.' Donc, on ne s'obstine plus à savoir la date du
référendum, ce sont les citoyens qui vont en décider.»
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