
Il était une fois trois petits cochons qui vivaient à l'orée de
la forêt. L'aîné était sérieux et travailleur, mais les deux
autres ne pensaient qu'à s'amuser.
Quand l'automne fut venu, leur frère les gronda :
-Bientôt l'hiver sera là et vous n'aurez pas d'abri.
Quand le loup affamé sortira du bois, il vous croquera !
-Le loup ? Ha, Ha ! Il ne nous fait pas peur !
-An non ? Et où vous réfugierez-vous si vous n'avez pas une
maison solide?
Faites comme moi, regardez :
ma maison est presque terminée !
-Une maison solide ?
Bah, se dit Nif-Nif, une maison de paille, c'est bien suffisant
! Et c'est bien plus rapide à construire ! Une vielle tenture en
guise de porte, et voilà, j'ai fini !
Nous-Nouf, lui, décide de bâtir sa maison en bois.
Malheureusement, il est un bien piètre charpentier.
-Je n'ai pas le temps de fignoler !
Nif-Nif m'attend pour jouer !
Encore quelques planches à clouer et mon logis est terminé !
Un matin, la neige a tout recouvert.
-Si on allait faire de la luge ? propose Nif-Nif à Nouf-Nouf.
-Faites attention au loup, leur crie Naf-Naf, ne vous éloignez
pas trop !
-Quel rabat-joie, celui-là !
Mais lorsque l'affreux loup pointe le bout de son museau, les
deux frères sont pris de panique !
De toute la force de leurs petits jambons, les deux cochons
courent jusqu'à la première maison venue. Hélas, c'est celle de
Nif-Nif...
Le loup prend une profonde inspiration et souffle,
souffle, souffle ! La maison de paille résiste trois
secondes...et s'envole !
-Vite, vite ! Courons chez moi, crie Nouf-Nouf.
Ma maison est en bois, elle résistera !
Entre vite, petit frère ! Ici, le loup peut souffler tant qu'il
veut, ma maison tiendra le coup :
les planches et les clous sont solides !
-Tentons une expérience ! se moque le loup.
Regardez : si je donne un petit coup de pied dans la porte, que
va-t-il se passer ?
Tel un château de cartes, la maison de bois s'écroule et les
deux cochonnets ont juste le temps de prendre leurs jambes à
leur cou !
Nif-Nif et Nouf-Nouf courent jusqu'à la maison de leur frère
aîné. Ils se jettent sous la table en tremblant.
-Naf-Naf ! Au secours ! Le grand méchant loup a démoli nos
maisons.
-Vous avez construit vos maisons en un tournemain.
Moi, j'ai mis des mois à bâtir la mienne. Mes murs sont en
pierre ! Le loup va s'y casser les dents !
-Ah ! Encore une maison à abattre ! se dit le loup. Il prend une
grande inspiration et...souffle, souffle, souffle !
Sans
résultat ! Le loup bombe à nouveau le torse et souffle, souffle,
souffle ! Toujours rien !
Le loup n'en peut plus, il est écarlate du menton à la pointe
des oreilles !
La nuit est tombée.
Le loup est épuisé tant il a soufflé.
-Pfff ! Pfff ! Vous...pfff, pfff, avez gagné !
Je...pfff, m'en vais ! dit-il à travers la porte.
Nif-Nif et Nouf-Nouf sautent de joie.
-Méfions-nous, dit Naf-Naf, cet animal est rusé :
il a sûrement plus d'un tour dans son sac !
Tenons-nous sur nos gardes !
-La seule entrée possible dans la maison, c'est la cheminée. Si
le loup essaie de passer par là, il aura une mauvaise surprise,
dit Naf-Naf.
Et les trois petits cochons allument un grand feu dans l'âtre
pour faire bouillir une énorme marmite d'eau.
Naf-Naf avait vu juste.
Après s'être reposé, le loup est revenu.
Sans faire de bruit, il monte sur le toit et descend dans la
cheminée.
Déjà, il se pourlèche les babines à la pensée des trois petits
cochons roses et dodus.
-Waouh ! Ouh ! Ouh !
Quel cri, mes amis ! Le méchant loup vient de tomber, le
derrière dans l'eau bouillante ! Naf-Naf ouvre vite la porte et
le loup s'enfuit sans demander son reste, en se tenant les
fesses !
Les trois petits cochons sortent pour une joyeuse farandole sous
la lune.
-Voilà une vilaine bête qui ne nous ennuiera plus, dit Naf-Naf
entre deux éclats de rire.
Et vous me promettez de construire des maisons vraiment solides
au printemps !
-Promis ! luis dirent ses deux frères.
Quand au loup, il termina la nuit le derrière dans un ruisseau !
Après cette cuisante déconvenue, on ne le vit plus jamais rôder
autour de la maisonnette des trois petits cochons.