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Dormons-nous ? ::.
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Les journalistes semblent se donner le mot pour attaquer, espérons-le avec résultat, l'aspect anglophile de notre Province.
Arthur Prévost signale qu'à Québec les propriétaires d'hôtel, de magasin, les serveurs, les serveuses sont magnifiquement unilingues, naturellement en anglais. Dans un restaurant de Québec, au nom bien français, voire parisien, j'ai été reçue, récemment, par la propriétaire qui parlait pas un traître mot de français. Sur le menu on annonçait "beer and wine". La même situation se répète dans les gares centrales et à nos frontières canado-américaines.
À propos de gare centrale, à la gare Windsor, si vous vous rendez à un certain bureau de renseignements, vous ne trouverez qu'un employé désespérément unilingue. En face de toute personne s'obstinant à parler français, il devient nettement impoli.
De son côté, Jacques-C. Fortin nous apprend que Toronto respecte le bilinguisme mieux que dans plusieurs de nos villes.
Pour nous consoler sachons qu'à Outremont, depuis l'an dernier, la plupart des noms de rues sont bilingues. Ce qui à Ville Mont Royal semble totalement inutile à son maire. À Saint-Laurent on n'inscrit, ni rue, ni street, seul le nom subsiste, heureusement pour nous, Monsieur Parie, le maire de la côte Saint-Luc, déclare n'avoir jamais reçu de plaintes contre l'unilinguisme de sa municipalité au quatre cinquième de langue anglaise. Si dans cette municipalité on lit "road" plutôt que "chemin", c'est que le mot est plus bref en anglais qu'en français. On doit être bien avare à Côte Saint-Luc pour lésiner sur deux lettres. Quant au cinquième de langue française à lui d'apprendre l'anglais, les quatre autres cinquième ne dédaigneront sûrement pas apprendre le français devenant de plus en plus inutile. Les records sont battus à Westmount; le nom de chaque artère est inscrit seulement en anglais. Que font donc nos bons Canadiens d'expression française de Westmount ? À moins qu'il n'y en ait plus. À Montréal-Ouest personne n'a encore signalé que les noms de rues sont strictement en anglais. Verdun pratique le bilinguisme...enfin. Monsieur Houle, de Saint-Lambert affirme que les plus récentes affiches remontent à 1955 et sont exclusivement en anglais.
Le ridicule ne tue pas dans nos municipalités, ni dans la métropole, du reste.
De plus en plus notre bilinguisme tant vanté se transforme en un unilinguisme anglais. Tout le monde en parle, personne n'entend, à moins que les responsables de ces lamentables erreurs ne soient sourds ? Nous sommes la risée des rares touristes. Les Canadiens d'expression anglaise sourient devant nos pompeuses déclarations de la survivance française. Quelques personnes lancent un cri, une ou deux fois l'an, ce cri se perd au milieu de discours anglais.
On va de Charybde en Scylla. Les néo-Canadiens, même les Français, ont une tendance de plus en plus marquée, à envoyer leurs enfants dans des écoles anglaises, et pour cause; l'avenir de la langue française n'est pas brillant. En général nos industriels, nos hôteliers, nos hommes d'affaires engagent des gens de langue anglaise ou exigent un bilinguisme parfait du Canadien d'expression française.
Messieurs les responsables de cette gabgie, profitez de vos vacances, peut-être au Canada, pour prendre de sages résolutions. Sinon que l'on cesse de se draper dans un nationalisme bariolé aux couleurs anglaises. Les aboiements des nationalistes quant à un drapeau canadien se sont transformés en faibles miaulements, comme pour toute déclaration semi-officielle d'ailleurs. On a peur de son ombre.
Cet aspect tragiquement anglophile, pour ne pas dire américanophile, de notre province nous est constamment révélé par la désagréable réaction des touristes, qui de plus en plus brillent par leur absence. Ils viennent de loin pour découvrir nos belles traditions ancestrales, ils se retrouvent en une Amérique absolument pas canadienne, surtout pas canadienne d'expression française.
Où sont-ils donc les beaux parleurs promettant la survivance du français et la sauvegarde de la langue française de la province de Québec ? Apprennent-ils l'anglais ?
Andréanne LAFOND
Texte écrit pour Métro Magazine et lu à cette émission le 1er août 1960.
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Mme Andréanne Lafond n'est pas une inconnue de nos lecteurs qui ont pris l'habitude de la retrouver sur leur petit écran dans des émissions toujours remarquées par leur intérêt. Son charme, sa personnalité n'ont pas manqué d'ajouter à la popularité des programmes bien faits par ailleurs.
Mme Andréanne Lafond est une journaliste qui fait honneur à sa profession. En plus d'être séduisante, elle est intelligente et connaît son métier. Dans un style mordant et bien personnelle, elle sait attaquer pour défendre une cause. Espérons que ses paroles trouveront des échos et sauront réveiller notre désespérante apathie.