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Les sorcières; Mythe ou réalité?
En France, les accusés de sorcellerie sont des femmes dans des proportions d'environ 80%. Ces sorcières sont généralement des veuves relativement âgées, et sont habituellement de la même catégorie d'âge ou un peu plus vieilles que les accusateurs. Par le fait même, elle est également plus vulnérable parce qu'elle n'est souvent plus protégée par les liens de solidarité que procure la famille. La plupart du temps, ces femmes sont des voisines des accusateurs, et sont donc connues et fréquentées par ces derniers.
La sorcière est dans la majorité des cas plus pauvre que ses accusateurs et elle vient souvent leur quémander quelques services ou petits emprunts. De plus, on peut dire que cette dernière appartient à l'ancien ordre des choses, c'est-à-dire qu'elle continue de vivre selon les coutumes qui prévalaient depuis des siècles, alors que son entourage, et plus particulièrement les mieux nantis du village, ont évolué; ils ont fréquenté les écoles de paroisse, ont appris à lire, et surtout se sont laissés imprégner du nouveau discours clérical qui condamnait les coutumes païennes pratiquées par ces supposées sorcières.
Pour bien comprendre le phénomène de la
sorcellerie, il faut bien sûr tenir compte du contexte dans lequel il
évolua. En effet, le XVIe siècle est une époque de grande effervescence
mais aussi de ruptures. C'est le début de la modernité, avec tout ce que
cela comporte de bouleversement. Justement, c'est à cette époque que le
discours démonologique prit véritablement de l'ampleur et qu'il fut
largement diffusé dans les masses populaires par l'imprimerie et les
discours cléricaux. La doctrine démonologique qui a été établie par
l'Église se définissait comme "...la théorie de l'appartenance des
sorciers à une secte satanique organisée", et fut reprise par des juges et
des laïques qui lui ajoutèrent une dimension politique. Ce discours était en réalité le reflet d'une société apeurée par l'approche imminente de la fin du monde, ce qui est tout à fait compréhensible étant donné les nombreux bouleversements qui s'opéraient dans une société immobile depuis des siècles. Selon les démonologues, les sorcières sont donc envoyées par Satan pour tenter l'humanité à commettre les pires crimes. D'ailleurs, on constate que la présence de Satan dans les mentalités s'accroît considérablement à cette époque et que ce dernier est largement dépeint dans les discours et l'iconographie ecclésiastique.
On peut maintenant se demander pourquoi les
femmes étaient majoritairement soupçonnées de sorcellerie. Tout d'abord,
les femmes étaient réputées pour être des guérisseuses. Lors de veillées,
elles s'échangeaient des recettes, des façons d'influencer le sort, etc.
Ce sont les femmes qui transmettaient les croyances païennes et les
superstitions. De plus, étant donné la rareté des écoles, ce sont les
femmes qui transmettaient la culture populaire en enseignant les rudiments
de l'écriture à leurs enfants. Par le fait même, elles sont devenues des
concurrentes pour certains. Par ses conseils et son savoir, la sorcière
rassurait la population et occupait une place importante dans la société,
ce qui avait pour effet de réduire l'influence des prêtres sur leurs
ouailles. Par son rôle de sage femme, elle remplaçait les médecins coûteux
et rares à la campagne. On peut donc facilement comprendre pourquoi les
médecins et les prêtres s'acharnèrent tant à dévaluer les croyances
païennes. De plus, la présence d'un antiféminisme virulent dans le discours de l'Église a poussé les élites à identifier la femme comme un agent de Satan. Par sa nature faible et débile, elle est plus sujette à se laisser duper par Satan, croyait-on. En plus, la femme était perçue comme une insatiable qui est prête à tout pour assouvir ses besoins les plus pervers, ce qui n'était sûrement pas à son avantage dans une période de répression sexuelle. D'ailleurs, on constate l'importance de la sexualité dans les procès de sorcellerie, car on insistait pour faire décrire aux accusés les détails des scènes de copulation satanique.
On constate lors des procès qu'il existe une
différence importante dans la définition du crime de sorcellerie pour les
élites et pour les masses paysannes. En réalité, ces deux groupes
parlaient un langage totalement différent, mais leurs intérêts se
rejoignaient à quelques parts, c'est pourquoi la chasse aux sorcières a
remporté un tel succès. Pour les ecclésiastiques tout comme pour le roi,
les procès de sorcellerie s'avéraient le meilleur moyen pour débusquer
"une secte satanique qui était censée constituer une Église parallèle, un
État subversif". Ils croyaient que les sorcières constituaient une
communauté d'agents au service de Satan afin de renverser l'ordre en
place. C'est pourquoi ils recherchaient essentiellement des aveux des
accusés décrivant des scènes de sabbat, car pour eux, le sabbat
constituait l'inverse de la religion catholique. D'ailleurs, ils
croyaient que pour devenir sorcière, la femme devait d'abord participer à
un rituel d'initiation à la secte satanique où elle y recevait des poudres
maléfiques, puis elle devait se rendre régulièrement aux sabbats où l'on y
célébrait des messes à l'envers et où l'on y pratiquait des orgies de
toutes sortes avec le diable et ses disciples. Pour les masses populaires, le crime de sorcellerie se manifestait d'une manière fort différente. La guérisseuse devenait sorcière lorsqu'elle jetait un mauvais sort sur un membre de la communauté. En fait, la sorcière donnait une explication à l'inexplicable. Ceci se traduit très concrètement dans la vie rurale. Par exemple, lorsqu'un individu est secoué successivement par le drame, comme des mauvaises récoltes ou des morts à répétition, la sorcière était accusée d'avoir provoqué ces malheurs par ses pouvoirs. La sorcière devenait donc, dans une communauté rurale en mutation, le bouc émissaire de problèmes de plus en plus nombreux.
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