Lorsque le sapin pénétrait dans la maison à demi gelé laissant transparaître le froid glacial du dehors, la hâte de voir cet énorme arbre bien branchu se transformer lorsque tout couvert de merveilleuses boules de Noël de toutes les couleurs et de formes différentes me faisait frémir de joie.

 

Ses lumières étincelantes ainsi que le petit ange lumineux tout en haut donnait un air de fête des plus prometteur. Tout cela accompagné de chants de Noël.
 



Je rêvais de jolies poupées ou de je ne sais quoi de tellement beau que rien que d'y penser me remplissait de bonheur. Mais comme nous comptions huit frères et sept soeurs, le même cadeau revenait à chaque année, ce qui me décevait à chaque fois, mais je comprenais très bien pourquoi et ne m'en faisais pas plus pour cela.

 


Et voilà que
maman recouvrait la table de sa plus belle nappe et de ses plus jolies assiettes pour recevoir la famille de mon père, ensuite la sienne et bien entendu tous les voisins, cette tradition de se recevoir à tour de rôle se transformait pour moi en cauchemar.
 



Le sifflement du vent dehors, l'abondance de la neige qui noircissait les vitres et se ramassait jusqu'en haut du toit de la maison familiale, l'absence de mes parents qui nous laissaient seuls, avec les plus grandes pour nous surveiller me donnait un sentiment d'abandon et comme j'avais hâte que les Fêtes se terminent enfin.
 



Je me souviens d'un soir où, étant tous et toutes endormies que je me réveillai en sursaut en entendant la porte s'ouvrir, avec un vent qui soufflait si fort, que lorsque je crus qu'enfin mes parents arrivaient, mais que seulement des pas qui montaient l'escalier du grenier me parvenaient aux oreilles et qu'ensuite

j'entendis brasser des cennes, je me recroquevillai en foetus et me cachai sous les couvertures en songeant que ce devait être le quêteux, il n'était pas du tout dangereux et venait très souvent s'abriter et passer la nuit mais quand même, j'en avais très peur parce que j'étais trop petite pour comprendre la générosité de mon père pour ce sans-abri.
 



Mais le plus beau souvenir c'est la messe de minuit où ma mère portait son manteau de mouton de perse noir et moi presque endormie, la tête appuyée sur cette chaleureuse fourrure…
 

 

Le décor enchanteur, les magnifiques chants de Noël et l’écho qui avait pour effet de donner à l’église une touche féerique, cette douce chaleur, tout semblait magique.

 


Rien ne laissait transparaître le froid à l’extérieur.


Ces photos me sont très précieuses vu que ce sont les seules qu'on a pu sauver lors de l'incendie de notre maison. C'est moi entourée de mes frères Raynald et Robert.

La photo encadrée  est la ferme de mes parents avec la maison familiale qui a brûlé le 14 octobre 1955.