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"Croak ! croak ! croak ! " Ce fut tout ce que le fils put dire.  Quand les crapauds se furent éloignés, Poucette se mit à pleurer de désespoir.

 

Les petits poissons qui nageaient dans l'eau avaient bien vu le crapaud et entendu ce qu'il avait dit.  Ils décidèrent donc d'aider Poucette.  Ils s'assemblèrent sous l'eau tout autour de la tige qui tenait la feuille sur laquelle était assise la petite fille et se mirent à mordiller la tige qui bientôt se coupa en deux.  la feuille se mit à descendre le cours du ruisseau, emportant Poucette très loin, là où les crapauds ne pouvaient pas aller.

 

Poucette navigua ainsi devant beaucoup d'endroits.  Le soleil luisait sur l'eau, lui donnant des reflets d'argent.  Puis, un gros hanneton arriva en volant, attrapa Poucette par la taille et la transporta dans un arbre.  Il plaça la petite fille effrayée sur une grosse feuille verte et lui donna le pollen des fleurs à manger.  Il lui dit qu'elle était très belle et très gentille, bien qu'elle ne ressemblât pas du tout à un hanneton.  Plus tard, tous les  autres hannetons qui habitaient dans l'arbre vinrent lui rendre visite.  Ils regardèrent Poucette et dirent : "Ma foi, elle n'a que deux pattes ! Quelle misère ! Et elle n'a pas d'antennes !"

 

"Comme elle est laide !" s'écrièrent les hannetons femelles.

 

Pourtant, le hanneton qui l'avait amenée ici la trouvait très belle, mais comme les autres disaient qu'elle était laide, il se mit à penser comme eux et ne voulut plus la garder.  Là, elle pleura parce qu'elle était si laide que les hannetons ne voulaient pas d'elle, alors qu'en réalité elle était l'être le plus beau que l'on pût imaginer, pur comme le plus beau pétale de rose.  

 

La pauvre Poucette passa tout l'été seule dans la forêt.  Elle se tissa un lit de brins d'herbe et le suspendit sous une feuille de trèfle, de sorte qu'il ne pouvait pleuvoir sur elle.  Elle se nourrissait du pollen des fleurs et buvait la rosée qui couvrait les feuilles chaque matin.  Ainsi passèrent l'été et l'automne, mais bientôt arriva l'hiver, le froid et long hiver.  Tous les oiseaux qui avaient chanté de si belles chansons s'en allèrent dans des contrées plus clémentes, les arbres perdirent leurs feuilles et les fleurs fanèrent.  La grande feuille de trèfle sous laquelle Poucette avait trouvé refuge se courba et devint une tige jaune fanée.  Poucette eut très froid, car ses vêtements étaient déchirés.  Il se mit à neiger, et chaque flocon qui tombait sur elle, qui était tellement petite avait le même effet qu'une pelletée de neige qu'on aurait jeté sur nous.  Pauvre Poucette.

 

À l'orée de la forêt s'étendait un grand champ de blé.  Mais du blé, il ne restait que le chaume sec et nu qui se dressait sur la terre gelée.  C'était pour Poucette comme une forêt où elle pourrait errer.  Elle arriva ainsi un jour à la porte de la souris des champs, soit un petit trou sous une tige de blé.  La souris avait là une douillette demeure avec une chambre pleine de grain de maïs.  Poucette, telle une mendiante, demanda un petit morceau de grain d'orge, car elle n'avait pas mangé depuis deux jours.

 

"Pauvre petite", dit la souris des champs, car elle était une bonne et généreuse vieille souris.  "Entre dans ma chaude demeure manger avec moi." Puis, comme Poucette plut beaucoup à la souris, celle-ci dit : "Tu peux passer l'hiver avec moi, si tu veux.  Tu n'auras qu'à tenir ma chambre propre et à me conter des histoires."

 

 

 

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