
Ici sur nos rivages, aux portes du
couchant
Se dressera, puissante
Une femme à la torche brandie...
Emma Lazarus
"Le Nouveau Colosse"

Le 4 juillet 1986, gros
cuirassés et petits radeaux envahirent le port de New York.
Des milliers de spectateurs s'amassèrent sur les rives, tandis
que dirigeables, hélicoptères et chasseurs à réaction
sillonnaient le ciel. à la tombée de la nuit, 40 000 fusées
explosèrent en motifs rouges, oranges, jaunes, verts et
bleus. C'était le plus gros feu d'artifice de l'histoire des
États-Unis.
Cette effervescence sans
précédent, nous la devons à la célébration du centenaire de
l'inauguration de la statue de la Liberté, cette noble dame
qui surplombe le port de New York du haut de ses 90 mètres.
La statue, dont le nom exact est LA LIBERTÉ ÉCLAIRANT
LE MONDE, est un don de la France aux États-Unis.
Inaugurée en 1886, elle fut, au cours du siècle qui suivit,
quelque peu maltraitée par le temps et les intempéries. C'est
pourquoi on décida de lui refaire peau neuve. L'opération,
qui coûta plusieurs millions de dollars, fut achevée à
temps pour son anniversaire.
Ce n'est pas seulement parce
que cette statue est la plus grande du monde qu'on lui
consacra autant d'argent et d'attention. Ce n'est pas non
plus parce qu'elle représente l'un des plus grands exploits
techniques de l'époque.
C'est surtout pour ce qu'elle incarne
dans le monde : LA NOTION DE LIBERTÉ; notion au
coeur de l'Amérique depuis sa fondation. Cette statue, qui se
dresse à l'entrée du port de New York, était la première image
que les immigrants avaient de l'Amérique lorsqu'ils
accostaient en bateau. Torche brandie, DAME LIBERTÉ
semblait les accueillir. Elle devint vite le symbole des
espoirs et des aspirations de tous ces immigrants qui venaient
chercher une vie meilleure dans un nouveau pays.
La première étape, exécutée
en 1875, consistait à construire un modèle en plâtre de 1,2
mètre. La Liberté était représentée sous la forme d'une
déesse grecque, majestueuse et austère. De la main droite,
elle brandissait une torche symbolisant la liberté et la
lumière qui éclaire les hommes. De la main gauche, elle
tenait une plaque sur laquelle s'inscrivait la date de la
déclaration de l'Indépendance et de l'application des
principes constitutionnels (4 juillet 1776). Sur la tête,
elle portait une couronne à sept lances, représentant les sept
continents et les sept mers. À ses pieds, gisaient des fers
brisés, symbole de la fin de la tyrannie. On dit que c'est la
mère de l'artiste qui prêta son visage au modèle de la
statue. Elle devait avoir 46 mètres de haut et peser 204 000
kilos.

NAISSANCE D'UNE STATUE
L'idée de la statue naquit
en 1865 lors d'une réception donnée en France par l'historien
Édouard-René Lefebvre de Laboulaye. Ce grand admirateur des
États-Unis et de l'esprit démocratique du peuple américain
s'opposait à la politique de l'empereur français Napoléon 111,
au pouvoir depuis 1852. Pour Laboulaye, la statue devait
avoir un double objectif : manifester l'attachement de la
France aux États-Unis et à l'idéal de liberté qu'ils
incarnaient et montrer subtilement son désaccord avec le
régime dictatorial de l'empereur des Français.
Parmi les personnes invitées
à la réception de Laboulaye, se trouvait le sculpteur Frédéric
Auguste Bartholdi, Bartholdi, âgé de 31 ans, avait un goût
prononcé pour les oeuvres monumentales. Il manifesta aussitôt
son enthousiasme pour un tel projet.
Au départ, la France devait
remettre la statue en 1876, date du centenaire de la création
des États-Unis. Mais sa construction prit beaucoup plus de
temps qu'on ne le pensait; De Laboulaye lui-même ne put voir
la statue; il mourut en 1883. Mais Bartholdi et ses
collaborateurs purent mener le projet à terme.
En 1871, Bartholdi se rendit
aux États-Unis afin de choisir l'emplacement approprié pour la
statue. Il le trouva à New York, sur une petite île située à
l'entrée du port, Beldoe's Island (ancienne Liberty Island).
Bartholdi fit appel à
l'ingénieur Gustav Eiffel, celui qui allait construire plus
tard la tour Eiffel de Paris. Eiffel conçut une armature en
fer intérieure pour soutenir la statue. La plaque de cuivre
extérieure devait y être attachée par un système de treillis
et de barres métalliques. Peu à peu, Bartholdi agrandit ses
modèles en plâtre, non sans les rectifier en cours de
travail. Le modèle final était une statue de 11 mètres de
haut. Il découpa ensuite son modèle en plusieurs sections
qu'il agrandit une à une pour leur donner les dimensions
définitives. Chaque section fut alors confiée à des ébénistes
qui construisirent des moules en bois reproduisant le modèle
en plâtre. Enfin, les métallurgistes martelèrent et
repoussèrent les plaques de cuivre qui devaient épouser les
moules et donner à la statue sa forme finale.
Seule la torche était prête
pour le centenaire de l'Indépendance américaine en 1876. On
l'exposa à Philadelphie. La tête, achevée en 1878, fut érigée
à Paris où on pouvait la voir en échange d'un prix
d'admission.
Section par section, la
statue s'érigeait dans l'atelier parisien de Bartholdi. En
1884, Bartholdi posa enfin la dernière pièce à la statue. Il
ne restait plus qu'à défaire la statue partie par partie,
mettre les diverses sections dans des caisses et les envoyer
aux États-Unis. Au printemps de 1885, les pièces détachées de
la statue arrivaient à destination.
La statue allait connaître
de nouvelles difficultés aux États-Unis. La France faisait
don de la statue, et les États-Unis devaient construire le
socle sur lequel elle serait érigée, mais la participation
des Américains avait été assez faible. Ce fut la campagne de
souscriptions organisée par le journaliste Joseph Pulitzer qui
toucha la grande masse des Américains et permit de réunir les
sommes nécessaires. Le piédestal en granit, ainsi que
la base étoilée aux onze pointes, allaient porter la statue à
une hauteur de 93 mètres.
Le 28 octobre 1886, la
statue fut enfin inaugurée. Le port s'emplit de navires et de
bateaux. Le président Grover Cleveland et des délégués des
gouvernements français et américains prononcèrent des discours
qui rendaient hommage aux relations franco-américaines. Des
orchestres exécutèrent des musiques patriotiques, puis
Bartholdi dévoila la statue et l'on alluma la torche.

LE PHARE DES IMMIGRANTS
Dès le départ, la statue charma
l'imagination du peuple américain. La Liberté
brandissant son flambeau fit l'objet de peintures, de récits
et de poèmes. Le plus célèbre des poèmes écrits à sa gloire
est sans doute "Le Nouveau Colosse", que composa Emma Lazarus
en 1883 pour la campagne de souscriptions à la construction du
piédestal. Ce poème exprime bien l'idée à laquelle cette
statue est associée :
"Donnez-moi vos foules lasses et
miséreuses
Vos masses entassées qui aspirent à l'air pur
De vos terres surpeuplées
Les rebuts frémissants: envoyez-les moi
Ces sans-patrie secoués par la tempête
Ma lampe haut dans le ciel
Luit à la porte d'or."
Pour de nombreux immigrants,
la statue de la Liberté incarnait la fin de la
misère et de l'oppression et les promesses d'espoir d'un pays
nouveau. De tous les ports d'Europe, les immigrants
affluaient aux États-Unis. Bien des passagers moururent en
chemin, mais ceux qui arrivèrent à New York purent voir, comme
un geste d'accueil, la gigantesque statue qui s'élevait dans
le ciel.
À compter de 1892, nombre
d'immigrants entrèrent aux États-unis par le poste
d'immigration de Ellis Island, île également située dans la
rade de New York. Chaque jour, environ 5 000 immigrants
franchissaient le poste d'immigration. En 1907, les
États-Unis accueillirent plus d'un million d'immigrants. Le
vaste couloir aux tuiles blanches de Ellis Island résonnait
des musiques de mille langues. En général, les immigrants ne
demeuraient que quelques heures sur l'île pour y passer une
visite médicale et régulariser leur statut. Quelques-uns
furent gardés et de rares immigrants (environ 2%) furent
renvoyés dans leur pays d'origine pour des raisons de santé ou
des irrégularités administratives.

Les immigrants
ne furent pas les seuls à donner un sens particulier à la
statue de la
Liberté. Pendant la Première Guerre mondiale, la
statue fut l'objet de nombreuses affiches et chansons qui
exaltaient les sentiments patriotiques des Américains.
Comme un phare dans la nuit, LA STATUE DE LA LIBERTÉ
ACCUEILLAIT LES SOLDATS REVENANT DE GUERRE.

